Filmer la danse

J’ai entrepris de « filmer la danse », hors captation de spectacles, excepté quand le spectacle me permet d’entrer dans son dispositif : Animalux, Let’s dance ou lorsqu’un intérêt documentaire se superpose à l’intérêt artistique : Battle Brams Roubaix/Calais. Intérêt documentaire également : les pratiques de la danse dans différents milieux : Dans la rue la danse, Credo d'amour Tango.

Je filme avec une caméra de cinéma numérique légère. Ayant longtemps été photographe, j’attache une grande importance à la qualité de l’image. A cela s’ajoute mon intérêt pour les mouvements des corps, dans le double cadre constitué par le décor et le champ de la caméra.

Si le cinéma n’a pas vocation à ré-écrire la chorégraphie, il a la possibilité d’en ré-inventer la mise en scène et d’en re-définir le public. Il devient possible de danser dans des lieux « improbables », qui peuvent évoquer de nouveaux univers et donc une nouvelle dramaturgie : Du geste à l’empreinte, L’Epi d’orge.

Comment la danse peut-elle entrer dans la caméra, mais aussi, comment la caméra peut-elle entrer dans la danse (ce qui ne va pas forcément de soi pour les danseurs) ? Les quelques minutes filmées lors d’une répétition d’une pièce de Sylvain Groud illustrent, à mon sens, cette problématique : Répétition avec Sylvain Groud.

Filmer la danse c’est aussi filmer la musique, à tout le moins avec la musique. Celle-ci peut s’accompagner d’une chorégraphie à la précision horlogère qui ouvre la voie à un montage très découpé, conforme au cinéma conventionnel : Maeva Bdx. Mais parfois un petit génie (ou petit diable) de l’improvisation éloigne le danseur de son chemin et c’est alors un espace de liberté pour le cinéaste : I love you.

Cela peut aller jusqu'à l'affranchissement total : une déconnection des univers sonores avec la musique ; une déconnection de l'expression corporelle avec la danse ;  l'émergence d'un espace de liberté pour l'improvisation : Eyes wide shut.

Le texte écrit ou parlé, peut ouvrir l'immense champ de la théâtralité : La Llorona. Peut survenir, alors, ce moment délicieux et troublant où l'expression vocale et corporelle font voler en éclat le conformisme des mots, balayant la certitude de leur sens à travers le geste : L’Amour, Connerie.

Le fin mot de l’affaire, c’est bien de quelle liberté jouit le cinéaste face aux danseurs. Mais c’est aussi de quelle liberté jouissent les danseurs face au projet dont rêve le cinéaste : Danse dentelle avec Gabrielle.




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